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Poetry

Recueil de poésies


Le vaisseau

Je me baigne dans tes yeux bleus.
Je me saigne car je te veux.

Siffle un doux et frais air marin,
Glissent remous et chants salins
Sur la peau de ce fin vaisseau,
Se melant au vol des oiseaux.

Je bois ton rire, saphir et or.
Je vois plaisirs, divins trésors.

Au loin, le râle des sirènes,
-Refrain d'une peine certaine-
S'évanouit au pied des pierres.
S'épanouit mon âme, ma chair.

Je plonge dans ton bleu regard.
Je songe rêveur, hagard.

Ce souvenir, dernier voyage;
Une fière allure, cet équipage,
Qui sillonait la mer, le monde,
Qui se doutait d'une fin, immonde?

Je vogue sur tes vagues lèvres.
Je languis cette langue mièvre.

Contre courant, marée étale,
Navir fumant, marre et vendale!
La voil brisée, coeur déchiré,
-Un temps prisé- a chaviré.

Je me noie dans ta chevelure,
Parfum d'azur, douce brûlure.

Des cris lointains, charmant vacarme,
Flottaient sur l'océan de larmes.
Le coeur à quai, a quand pour qui,
Prochain départ, voyage exquis?

Oxford, Automne 2018


Angoisse

Pourquoi cette angoisse,
M'envahit encore ?
Exténué, las,
Délivrance, la mort!

La peur qui ne passe,
Torpeur dans mon coeur.
Ma vie je ressasse,
Lueurs et rancoeurs...

Une fièvre coule
Sur mes lèvres vertes
Et doucement saoûles,
Froidement inertes.

Oiseaux de détresse,
Quels sont ces malheurs,
Qui meurent puis naissent?
Insatiables soeurs.

Je déplore alors
Mon esprit ignard,
Des pleurs encore,
De tièdes espoirs...

Tremblants chants lointains?
Sirènes d'un autre monde,
Rêves de satins,
Ô joies vagabondes!

Pourquoi cette angoisse,
M'envahit toujours ?
Exténué, las,
Délivrance, le jour!

Oxford, Automne 2018


Croisements

La vie égrenn(e), la vie emmène,
Des vies déviées, désirs rêvés,
Et asperge d'encre et d'idées
Des pages froissées, anathèmes,
Par des chants rugissants, bien blèmes.

La vie malmèn(e), la vie amène
Un jour amour, la mourre la mer,
Amour amer, rires et colères.
Imbibé d'ivresse des foules,
Le temps coule puis je désaoule.

Une vie humain(e), la vie promène,
Nulle certitudes, jamais,
Flot de vicissitudes, à souhait.
Chemins mortels, dessins tutelles,
Feu! Rien de tel, l'Envie réelle.

Oxford, Eté 2018


Raison

A l'ombre je me prélasse,
Lassé de toutes ces gens
Qui passent et ressassent, râlant
Leur désirs reluisants.

Las, je ne peux pas saisir
Ce long instant qui s'élance
Et qui coule entre mes rires,
Fus-je présent ou en transe?

Croupir dans mes rêves,
Cela m'est cent fois préférable
Que partager notre fève,
Ire ! Ingrats lassables.

Mais ne suis-je pas égal
A mes frères' athéniens,
Dans ces infinis dédales
Partageant comme un destin ?

Et le temps glisse toujours,
Encore sur mon corps mort,
Arrachant, jeuness', amour,
N'épargnant trop peu mon sort.

Quel est leur Raison, vent fort
Auquel ils s'agrippent encore ?
Animés d'une passion
Ils gardent le cap, démons!

A l'ombre je me prélasse,
Orphelin sous la verdure,
Instant virevoltant, fugace,
Guidé par ce lent murmure.

Croatie, Eté 2018


Songes

Ah! Caustiques cigales,
Acoustique régal
Berçant mes rêves - maux,
Chants, frénésies de mots.

Une bise au visage,
Une brise présage
Un orage, vraiment ?
Ô rage doucement.

Créature onirique
Ô fantasmagorique
Jetant une ombre au sol;
Rondeurs, ravins et cols.

Puis un rire caresse
Les feuilles de l’ivresse,
Éveillant mille désirs,
Vils et charnels plaisirs.

Dessein commun, est-il ?
Des seins salins, une île ?
Pupilles - mer azure,
Et je plonge, morsure!

Ce doux poison m’emplit,
Nectar fait de folie
Et coule dans mes veines,
Parfum exquis, mortel!

Suave precipice
A l’horizon s’esquisse.
Le ressac vint alors
Le Pessac - vin - m’endort.

Croatie, Eté 2018


Amours

Ils semèrent l’amour,
Il s’aimèrent toujours,
Fils aémères d'un jour,
Sens amers, la mourre.

Oxford, Printemps 2018


Symphonie

Les brins dansent en harmonie,
Au sein de cette symphonie.
Chef d’orchestre est le vent,
Versifiant en quatre temps.

Une vaste nappe mangue
Inonde le champ exquis.
Le saule pleureur harangue
Les couchés qui renaquis.

Soleil ! Ô arbre fruitier,
Me nourrissant aujourd’hui,
Me délectant à l’envi,
De mes passions infinies.

Rugissent des bois, ô chênes.
Soufflent cuivres, cerisiers.
Pourquoi si grande est ma peine ?
En rythme, chantez, dansez !

Oxford, Printemps 2018


Muse

Ma Muse, je t’accuse,
Ma chair est en émoi,
D'Olympe à Syracuse
Mill' cœurs sanglants, et Moi.

Est-ce une clairière,
Où s’égare mon âme ?
Ou bien une forêt claire,
Peignant ma prison calme ?

Ô poète, derrière !
L’Inspiration qui brame.
Exhaussées tes prières,
Ces silencieux vacarmes.

Semblant tout ignorer,
Sanglotant je m’élance;
L'ancre rouillée: levée,
L'encre ruisselle et panse.

Divine créature,
Incitatrice Nature,
Mon esprit vagabond,
Tu l’immoles en charbon.

Je ne peux empêcher,
Mon coeur de se nouer,
Observant l’incendie,
Ravageant les épris.

Les remparts ne sont plus,
Les oiseaux s’échappèrent,
Les mots ne viennent plus,
Remplir ce dernier vers.

Oxford, Printemps 2018


Les Statuts de l'Homme - by Thiago de Mello


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